La MAPRAA en 2024...
...un ostracisme politique.
Il semble qu'en Auvergne-Rhône-Alpes ce soit devenu le sport préféré de nos croquemorts de Culture qui tiennent les rênes et le fouet de la politique, petits boutiquiers de leurs propres carrières et mercenaires du neo-libéralisme à outrance qui sévit aujourd'hui.
Pour Monsieur Wauquiez et l'Adjointe à la Culture de la Ville de Lyon vivre avec son temps c'est d'abord faire table rase du passé et de ses siècles de maturation lente, puis de tout réduire aux chiffres de leur doxa la plus soigneusement frelatée qui consiste aussi à tourner le dos à tout ce qui relève des 5 sens qui fondent la personne humaine ; enfin par voie de conséquence à vouloir éradiquer la Culture qui en émane car il leur est insupportable qu'elle échappe à leur magistère.
Ces récents diplomés de l'indifférence aux réalités profondes de la vie ne peuvent accepter que la Culture qui par nature relève du sensible et cimente naturellement les rapports entre les individus leur échappe. De même que nourrie de la liberté de conscience, de la diversité et de l'expérience de ceux qui la cultivent que seuls des imbéciles peuvent ignorer elle soit laissée aux mains de ceux qui la pratiquent. Abreuvés des seuls chiffres qui leur conviennent ils ont pris sciemment le parti de négliger ce qui est leur devoir le plus sacré : celui de tenir les rênes de l'accompagnement de ceux qui les ont élus, et non de manier le fouet d'une gestion autocratique ; on en voit bien l'inanité lorsque à l'hôpital la gestion, évidemment nécessaire, devient prépondérante par rapport à la médecine.
Dans la Culture aujourd'hui cette gestion autocratique prend la forme d'une exigence de "projet" (lire l'article en annexe ci-après) qui serait compréhensible si elle ne se focalisait pas sur le court terme, sur la mise en place conjoncturelle d'actions bien visibles en direction de cibles identifiées selon leurs désirs. Le projet plait au prince, il est aidé, déplait-il et ce sont les oubliettes. Tout travail de fond sur le long terme qui par nature ne peut pas résonner comme coups de canons à leur gloire ne sera pas soutenu et devra disparaitre.
Là réside pour eux la "faute impardonable" de la MAPRAA (Maison des arts plastiques Auvergne-Rhône-Alpes) : des artistes se sont regroupés dans les années 80 où ils avaient commencé à percevoir les difficultés qui s'annonçaient dans l'exercice de leur travail, à une époque où ceux qui avaient alors conscience de leurs responsabilités d'accompagnateurs en tant qu'élus, et sans exclure quiconque, connaissaient les artistes, fréquentaient les galeries, connaissaient la MAPRA d'alors (pas encore d'Auvergne), reconnaissaient la pertinence de son travail de fond pour le bien de tous et l'ont soutenue dès sa fondation pour lui permettre d'avoir jusqu'à 7 salariés afin qu'elle puisse faire face aux nombreuses missions qu'elle assumait. À entendre depuis quelques mois les multiples témoignages de ceux qui y ont trouvé soutien et réponses on peut mesurer combien ils avaient raison.
Les fossoyeurs qui en ont pris la suite : table rase et chiffres, déni des sens, du sens et du long terme, inculture systémique et œillères fermement ajustées ont décidé de retirer à la MAPRAA tout moyen de poursuivre sa fonction d'aide et d'information ouverte à tous qu'ils sont eux-même foncièrement incapables de mettre en œuvre, et même d'en percevoir la pertinence.
Deuxième plus importante association d'artiste après la Maison des artistes nationale ; quarante ans de travail soutenu, de compétences acquises ; une information ouverte à tous, artistes et autres citoyens ; des partenariats et échanges avec de nombreux lieux et associations dans toute la région ; des centaines d'expositions d'artistes en voie de professionnalisation dont c'était le plus souvent la première dans des conditions professionnelles ; des centaines d'annonces de concours, de résidences, d'expositions… renouvelées au jour le jour ; toutes les questions fiscales, sociales, professionnelles, auxquelles elle a apporté une réponse que l'administration s'avérait incapable de fournir... Il fallait bien quelques raisons pour s'en débarrasser et justifier le gachis.
Madame Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture de la Ville de Lyon s'en est chargée. Des divers reproches qu'elle a osé faire, tous prouvent sa méconnaissance de la réalité, certains relèvent d'une ignorance coupable, certains sont fallacieux, d'autres proches du mensonge, par omission dans le meilleur des cas, l'un d'eux est même contraire à la législation fiscale... Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.
La MAPRAA est désormais renvoyée 40 ans en arrière, à ses balbutiements d'avant même sa déclaration officielle, lorsqu'elle n'avait pas encore de local attitré ; elle a d'ores et déjà refusé la noyade et fait ce qu'il faut pour sauver ce qui peut l'être. Quand sera-t-elle en mesure de reprendre le cours normal de son travail ? Probablement pas avant que ceux qui se sont avérés des croquemorts de Culture se soient dans un improbable miracle de lucidité rendu compte qu'ils se sont déraisonnablement fourvoyés ou aient été remplacés par d'autres élus, gestionaires certes, mais surtout accompagnateurs de ceux qui leur ont donné mandat de gérer... le Bien public... pour le bien de tous.
ANNEXE
FAUX PROJETS ET FAUX PROPHÈTES
Une tribune, parue le 16 novembre dans l'Obs, s'inquiète des velléités de politique sécuritaires après la tuerie d'Arras et rappelait " la mission de l'école ", à savoir " faire grandir les enfants, leur donner les repères et les outils dont ils ont besoin pour former leur personnalité et leur projet ". On croyait naïvement que l'école avait pour but d'aider les élèves à acquérir patiemment une culture afin de pouvoir un jour penser par eux-mêmes. L'auteur de cette même tribune ajoutait ensuite que " l'école est aussi l'incarnation quotidienne du projet commun qui forme la Nation ". Après le fameux " tout est culture ", désormais tout est projet : on voit fleurir des coordinateurs de projet ou des gestionnaires de projet, et on s'interroge même en entreprise sur la façon de développer une " culture projet ". L'école n'échappe pas à cette mode car il est en effet devenu impossible de faire une sortie pédagogique sans rédiger au préalable un projet, même pour emmener ses élèves au musée. Quant aux collèges et aux lycées, ils ne sauraient exister sans un " projet d'établissement " digne de ce nom. Le verbe " projeter ", issu de l'ancien français " porjecter ", signifie certes " jeter au loin " et a donc pris au figuré le sens de " proposer un plan pour réaliser une idée ". Mais l'emploi moderne du mot semble sans cesse suggérer que l'important est moins le projet que la faculté à en proposer. Ce n'est sans doute pas anodin si un certain candidat, en 2017, a hurlé " Parce que c'est notre projet ! " alors même qu'il restait très flou sur son programme. Le mot d'ordre est toujours le même : il faut avancer, peu importe dans quelle direction et sans jamais envisager qu'il puisse parfois s'agir d'un retour en arrière.